L’Évangile demain…

 

 

 

« Ce 17 février, les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée fêtent leur 183e anniversaire. »

 

Dans sa lettre de vœux aux Oblats, le P. Wilhelm Steckling, o.m.i. Supérieur général, mentionne une « conférence [de] l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la communauté laïque de Sant’Egidio … [sur] le passé et l’avenir de la vie religieuseÉcouter quelqu’un du dehors nous parler de nous [remarque le P. Steckling] a été tout à fait éclairant. » Deux questionnements en émergent : « Quelle est la situation de la vie religieuse aujourd’hui ? et, de quelle façon doit-elle aborder l’avenir ? » Il est bien évident que cette problématique ne se limite pas aux seules congrégations religieuses et que, nous tous qui nous réclamons de l’Évangile, sommes invités à en faire un sujet de méditation.

        

Dernièrement, j’écoutais distraitement un programme de télévision lorsque deux petites phrases sont venues prendre pour moi un relief saisissant ; elles faisaient partie d’un de ces messages publicitaires dont nous sommes submergés. « La crise de confiance est grave, la prise de conscience est brave », affichait l’écran. Ces paroles se sont nichées dans un coin de mon esprit ; ce matin encore, elles présidaient à mon réveil. Parce qu’elles me semblaient résumer une réflexion qui peut s’avérer opportune face aux remous qui secouent notre société contemporaine dans toutes ses composantes.

 

Oui, « la crise de confiance est grave ». Point n’est besoin de grand discours pour décrire le marasme qui se vit à l’échelle planétaire. Partout, la confiance est ébranlée : défiance envers les gouvernants, scandales de toutes sortes, valeurs sur lesquelles il devient difficile de mettre un nom, méfiance les uns envers les autres, manque de clarté entre nous… Et que dire d’autres régions de notre terre où l’on n’en peut plus d’attendre les fins des guerres, l’avènement de la paix, les secours vitaux qu’on appelle « aide humanitaire »… ?

 

Notre vie spirituelle n’est pas, elle non plus, à l’abri du chaos général. « La religion a changé ! », entend-on parfois dire. Et certains de rêver à ce « bon vieux temps » où la voie nous était tracée par les incontournables « commandements » et leurs nombreux corollaires. Oui, effectivement la vie paraissait plus simple ! Des balises bien concrètes nous gardaient dans ce qui était considéré comme le droit chemin. Il suffisait de les suivre ! Et d’accepter l’ascèse obligée par toutes ces règles strictes !

 

Présentement, existent aussi, à l’intérieur même de notre Église, des situations malheureuses et soudain mises à jour qui nous touchent profondément. Nous devons nous interroger, non pas sur la survie du message évangélique, mais plutôt sur la forme que devront revêtir nos témoignages pour que renaisse l’espérance dans un monde où elle fait si cruellement défaut.

 

« La prise de conscience est brave », continuait le message publicitaire devenu tout à coup prophétique. La prise de conscience est brave parce qu’elle nous amène à ouvrir grands nos yeux, à remarquer bien des choses que, pour notre tranquillité personnelle, nous aurions souhaité laisser dans l’ombre ; prendre conscience c’est constater que « nous vivons une drôle d’époque », une époque où le culte du bien-être à tout prix, du paraître, du « moi d’abord » est à l’honneur, une époque où il est difficile de départager bien et mal, valeurs et laisser-aller.

 

Là où la prise de conscience devient encore plus brave, c’est lorsqu’elle nous incite à sortir de nos jugements faciles, à risquer notre petit train-train bien douillet et à nous interroger sur ce que nous pourrions faire, là où nous vivons, pour redonner un peu de cette confiance si nécessaire au bonheur de l’être humain.

 

Des pistes à découvrir. Tous ceux-là, ceux que l’on nomme « le monde ordinaire », ont besoin d’être soutenus, comme il nous arrive à nous aussi d’avoir besoin des autres. Quelle attitude adopter ?

 

Quelles formes revêtiront demain la vie religieuse et cette Église souffrante dont nous sommes les membres ? Comment aborder un avenir qui nous concerne tous ?

 

Et voici que, dans sa lettre pour le 17 février 2009, le Supérieur général nous ouvre une avenue promesse d’espérance, une avenue ouverte à tous, sans exception aucune, une avenue dans laquelle on ne s’engage qu’en acceptant de vivre une conversion.

 

« Si nous suivons l’Évangile, [écrit-il] il devient assez clair que notre conversion recevra sa force d’une lecture adéquate des signes des temps.

 

Devenons des veilleurs, disons ce que nous voyons ! Seule la claire reconnaissance du temps présent peut nous entraîner dans une conversion personnelle et communautaire qui stimulera en nous un zèle prophétique et missionnaire tout nouveau. Nous sommes envoyés comme prophètes en ce monde, un monde aimé de Dieu mais qui a grand besoin de manières alternatives de vivre. »

 

Saint Eugène de Mazenod a su mettre en oeuvre ces« manières alternatives de vivre » pour rejoindre les pauvres aux multiples visages de son époque. Et si nous lui demandions de nous communiquer l’audacieuse créativité au service de l’Évangile qui fut la sienne ?

 

Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission Province Notre-Dame-du-Cap    07-02-2009