L’Occident en léthargie ?

 

De retour d’Afrique le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, nous ramène un questionnement entendu à maintes reprises. « …Je reviens juste d’Afrique et concrètement du Cameroun et du Nigeria, raconte-il... L’échange avec des jeunes Oblats en formation est toujours enrichissant. Quand je m’entretenais avec eux, groupe après groupe, parmi les questions les plus fréquentes il y avait celle-ci :  " Pourquoi la majorité des Unités oblates ont suffisamment de vocations, mais qu’il y en a si peu dans le monde occidental ? " Il semble que ce soit une préoccupation qui réellement intrigue nos jeunes, et je l’ai entendue exprimée par eux en diverses parties du monde. »

 

Mon ami Alexis.

 

Mon ami Alexis a 6 ans, il est doué d’une intelligence très vive et d’un grand sens de l’observation. Dernièrement je le regardais : complètement absorbé par un jeu électronique, il évoluait dans un autre univers. J’ai voulu savoir ce qui le captivait de la sorte. Il s’agissait, m’a-t-il expliqué avec un grand sérieux, d’une chasse à des monstres qu’il qualifiait d’horribles. Lorsque, un peu plus tard, j’ai invité Alexis à venir admirer les oiseaux qui se pressaient nombreux autour de la mangeoire toujours abondamment garnie de grains par un voisin au cœur tendre, Alexis m’a déclaré sans ambages qu’il « aimait mieux chasser les monstres ».  Dommage ! Les monstres de son monde virtuel semblaient lui avoir fait oublier qu’il existe de petits oiseaux bien réels ceux-là, et charmants à regarder.

 

Pourquoi si peu de vocations dans notre monde occidental ?

 

Tout comme Alexis dans son univers virtuel, se pourrait-il que nous, Occidentaux, soyons absorbés par tous nos biens de consommation au point de manquer de temps et d’intérêt pour la vraie vie, celle qui se vit au niveau du cœur, au niveau de l’amour ? Que d’obligations factices nous maintiennent dans une sphère bien à nous ! On pourrait parler d’usage abusif de la télévision, d’Internet, du film qu’il faut absolument avoir vu, du livre qu’il faut absolument avoir lu, des spectacles auxquels il faut absolument assister, etc… pour être « in ». Il y a aussi ce paraître qui nous obsède au détriment de notre qualité d’être. Une ride, une tenue vestimentaire un peu démodée, quelle horreur ! Par contre, gruger la réputation d’autrui à petits coups de dents pointues, cela alimente la conversation !

 

Dernièrement j’entendais parler aux informations d’affiches qu’on venait de placarder bien en vue le long des parcours du métro d’une grande ville canadienne. Le message livré proclamait en substance que… Dieu n’existe pas, qu’il n’y a pas à s’en faire avec cela, qu’au contraire il faut profiter à plein du moment présent… Combien de personnes se laissent prendre à de tels miroirs aux alouettes qui font l’apologie du seul plaisir valable selon leurs dires, parce qu’il est personnel et immédiat ? Pour une honnêteté rigoureuse, ne conviendrait-il tout de même pas d’en signaler aussi le caractère éphémère ?

 

Sommes-nous en danger de « léthargie d’amour » profonde ? Avons-nous encore le temps voire même l’intérêt de porter aux autres cette attention qui suscite à coup sûr la solidarité ? Qu’en est-il de la qualité de notre relation à Dieu ? En avons-nous fait un rituel à expédier ponctuellement ou bien vivons-nous la prière comme une rencontre privilégiée avec le Seigneur, une rencontre qui nous conduit directement vers nos frères et sœurs humains ?

 

Retrouver le goût d’être ensemble

 

Le P. Steckling termine ainsi sa Méditation missionnaire : « Sociologiquement et spirituellement, pouvons-nous conclure que pauvreté et vocation à la vie religieuse et missionnaire vont de pair, du moins dans un certain sens ? Je crois bien que oui ! Seul le pauvre cherche refuge en Dieu de tout son cœur, seul il ressent l’urgence de s’appuyer sur la solidarité des autres »

 

Et si ce Carême 2009 nous aidait à reconnaître notre pauvreté fondamentale ? Si chacun de nous s’efforçait de retrouver le goût de Dieu, le goût des autres, le goût du partage, le goût de la solidarité ? Ce serait une Pâque heureuse et porteuse de promesses que nous pourrions célébrer ensemble. Le bel épi doré de la moisson n’est-il pas fait de nombreux petits grains bien serrés les uns contre les autres ?

 

Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission Province Notre-Dame-du-Cap  06-03-2009