La Miséricorde de Dieu

(Jean 20, 19-31)

 

Avez-vous remarqué comme saint Jean sait choisir des mots qui en disent long ? Chacun d’eux est porteur d’une histoire dont il vient éclairer les circonstances pour nous en faire découvrir le sens profond.  L’évangile de ce dimanche en est un superbe exemple.  Voici un texte somme toute pas très grand, mais tellement dense dans sa signification !

Les disciples, écrit Jean, avaient peur des Juifs.

C’est après la mort de Jésus.  Les disciples ont peur.  Et on les comprend.  Les événements qui ont conduit Jésus à la mort sont encore tout proches.  Ils ont perdu un maître qu’ils aimaient.  Et les voici soudain comme perdus, laissés à eux-mêmes. Ils se sentent seuls et pourtant Jésus leur avait bien dit « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. » (Jean 14.18)  Ils avaient entendu Jésus leur parler de l’amour de son Père qui était aussi leur Père, ils avaient reçu la promesse du Royaume des Cieux, et voici que Jésus est mort, une mort d’une violence inouïe. Alors, des craintes ont vu le jour dans l’esprit des disciples : « Et si eux-mêmes, en tant qu’amis du supplicié, étaient recherchés par les Juifs ? » Ils ont peur des représailles possibles… 

Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient.

Ils se retranchent ensemble derrière des portes fermées. À quel endroit ?  Jean ne le dit pas ; il se contente de parler du « lieu » où ils étaient.

Je me reconnais tellement dans les réactions de ces hommes effrayés !  Ne pourrait-on pas dire qu’il y a un peu de nous tous dans cette attitude d’effroi ? Lorsque quelque chose nous fait peur, n’avons-nous pas tendance à quitter le lieu de nos craintes, à essayer de penser, le plus souvent sans succès, à autre chose ?  Ce qui finalement ne fait que nous enfermer de plus en plus derrière des portes où nous espérons nous trouver en sécurité ! Une sécurité bien précaire ! Car, dès que nous nous retrouvons face à nous-mêmes l’objet de nos craintes revient nous envahir de plus belle…

Oui, les disciples ont peur et ils se tiennent ensemble. Comme nous savons tous que la peur, l’anxiété, la peine, toute situation difficile peuvent devenir plus supportables si elles sont partagées. Nous nous « supportons » les uns les autres ; on pourrait dire autrement : « nous devenons les supports les uns des autres ».   

Jésus vint, nous dit saint Jean…

L’évangéliste ne donne aucun détail sur le chemin parcouru par Jésus pour rejoindre ses disciples.  Simplement, il vient.  

Comme il continue de nous rejoindre, nous aussi.  Sans annoncer sa visite,  il est là, au beau milieu de notre quotidien, bien souvent au moment où on s’y attend le moins… Son arrivée est toujours discrète : elle peut se manifester par un coup de téléphone, le passage d’un ami, un arrêt subit au milieu de notre travail alors que des mots se forment dans notre esprit, des mots que nous découvrons porteurs d’un sens, des mots qui nous arrivent parfois comme une réponse intérieure à une question que nous nous sommes posée fréquemment.  Ou encore Jésus va être là en nous rappelant soudain que quelqu’un a besoin d’un peu d’attention, d’un peu de notre temps.

Jésus… était là au milieu d’eux.

Oui, comme pour les disciples, Jésus continue à nous rejoindre, derrière nos portes intérieures parfois verrouillées, dans « le lieu » où nous sommes, dans le quotidien de nos vies.  Comme pour les disciples encore, il se tient au milieu de nous.  Au milieu de nous, pour déverrouiller les portes de nos peurs et nous faire prendre le large à sa suite.   

Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.

C’est d’abord par un souhait de paix que Jésus se fait reconnaître des disciples.  Avant de leur montrer ses mains et son côté percés.  Parce que c’est seulement en nous arrêtant pour accueillir en nous la paix du Seigneur que nous devenons capables d’apercevoir les signes pourtant évidents de sa présence, des signes que nous sommes bien souvent trop occupés pour percevoir.   

Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie.

Alors ce sera l’envoi en mission pour chacun de nous, une mission le plus souvent inattendue, une mission à laquelle nous pouvons adhérer en toute confiance, fort de cette parole de Jésus :  « Recevez l’Esprit Saint ! »  

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. 

Le même scénario se répète, comme si Jésus ne voulait pas pénaliser le disciple qui était absent  lors de sa précédente manifestation.  Il va même offrir à Thomas l’opportunité de le reconnaître sans aucun doute possible. Après le même souhait de paix, Jésus « dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, mais croyant. »   Il se peut que Thomas ait vécu alors un moment de confusion, un moment de gêne. Mais comme il a dû accepter le cœur soudain léger le conseil que Jésus lui donne : « Cesse d’être incrédule, mais croyant. » 

Cher Thomas !  Que de fois nous lui ressemblons !  Que de fois nous manquons une rencontre avec le Seigneur !  Que de fois, en ce siècle de haute technologie, nous réclamons des preuves ! Et si, désormais, comme Thomas, nous répétions d’un cœur sincère : « Mon Seigneur et mon Dieu ! », sans chercher à tout comprendre, juste en écoutant au fond de nous, la voix de Jésus Ressuscité qui nous parle du Père.

Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission Province Notre-Dame-du-Cap  24-04-2009