Les petits pas vers le pardon.

 

 

 

Conflits et réconciliation

 

Comment ne pas établir un parallèle entre la Méditation missionnaire du P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, et ce mois de juin traditionnellement consacré au Sacré Cœur pendant lequel l’inoubliable P. Victor Lelièvre, o.m.i. rassemblait les foules et leur parlait de Miséricorde, la Miséricorde de Dieu !

 

Un questionnement dérangeant

 

« Quelle est notre position face à un monde et à un environnement marqués par des tensions et conflits ouverts, où la paix semble toujours hors de portée ? », interroge le P. Steckling.

 

Toutes ces tragédies à l’échelle mondiale ne peuvent faire autrement que de nous toucher profondément. Mais que faire devant toutes ces informations qui nous arrivent en se bousculant à un point tel que la dernière catastrophe se retrouve vite à l’arrière-plan de l’actualité, occultée par un nouveau conflit tout aussi douloureux que le précédent ?

 

Une telle perspective, m’amène à considérer d’un autre œil tous ces petits accrochages que j’ai à vivre et à qui je laisse parfois une place démesurée dans ma vie. Les conflits planétaires aux innombrables victimes me rappellent que pour moi aussi, la paix est toujours à construire et que cette construction doit commencer avec tous ceux-là qui font partie de ma « vie ordinaire ».

 

Acteurs et témoins

 

Comme le fait remarquer le P. Steckling, « Bien que, personnellement ou en groupe, nous soyons des personnes qui aiment la paix comme un bien précieux, il nous arrive souvent de vivre au milieu des conflits ».

 

Il y a des moments dans notre vie où nous sommes blessés par l’attitude d’autres personnes à notre égard ; parfois c’est nous qui devenons la source de mésententes. Dans les deux cas, une souffrance est vécue. Et nous sentons bien que, non désamorcées, ces situations peuvent devenir lourdes de conséquences malheureuses.

 

L’offense qui fait mal

 

À côté de ces petits accrochages entre nous, il existe malheureusement des situations qui blessent profondément. Personne n’aime recevoir des coups ! Là où ils font doublement mal, c’est lorsqu’ils atteignent quelqu’un que nous aimons profondément. Nul besoin de départager les torts de tout un chacun ; comme dans toute situation conflictuelle, ils sont le plus souvent à endosser de part et d’autre. Surgit alors la question cruciale : comment en arriver à vraiment pardonner ?

 

La foi à notre secours


La réconciliation, une question de foi, écrit encore le P. Steckling. « Il me semble qu’une des réponses de la foi se trouve dans le mot « réconciliation » . Parfois il est bon de se retirer dans une haute montagne, en cherchant Dieu dans la solitude, comme le Christ l’a fait selon les évangiles, mais après il faut redescendre de la montagne et s’immerger dans le mouvement de la vie ordinaire, où on peut aussi trouver Dieu. »

 

Trouver Dieu dans la vie ordinaire

 

Justement ce matin, une parole de Mgr Desmond Tutu, venait me faire un petit signe. « Dans l’acte de pardonner, écrit-il, nous affirmons notre foi en l’avenir d’une relation et en la capacité qu’a le fautif de changer. Nous disons qu’il est possible de prendre un nouveau départ. » (*)

 

Pardonner, une question de patience, une question de risque …

 

Je pense qu’il faut parfois être patient, très patient avant de nous sentir prêts à de vraies retrouvailles. Il peut exister mille et une raisons pour retarder la démarche : l’orgueil qui empêche de faire les premiers pas, la peur de l’accueil qui nous sera réservé, la peur d’une réconciliation de surface et le risque de souffrances nouvelles que ce manque de profondeur pourrait engendrer... Ce sera peut-être le moment de se rappeler les paroles de Paul aux Romains : (Rm. 8,15) « Vous n’avez pas reçu un Esprit qui vous rende esclave et vous ramène à la peur… » Elles nous sont aussi adressées.

 

 

Pardonner, une question d’authenticité

 

Pour moi, le vrai pardon ne peut se vivre que dans l’authenticité. Dans une rencontre, où tous pourront exprimer sans ambages les éléments qui ont mené à la rupture. Une rencontre d’adultes où chacun sera assez mature pour reconnaître ses propres responsabilités. Une rencontre de confiance en « l’avenir d’une relation » parce que nous aurons opté pour une démarche porteuse d’espoir. Une rencontre qui se veut un pas vers une amitié qui ne demande peut-être qu’à refleurir. Une rencontre de paix enfin, parce qu’à travers chacun de nous se profilera la Miséricorde divine.

 

Le tout est de laisser un espace à l’Espérance, de garder vivante « la mèche qui fume encore ». 

 

(*) Desmond Tutu, Dieu fait un rêve, Éditions Novalis/Desclée de Brouwer, 2008.

 

 

Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  03-06-2009