De l’avenir pour un grand continent

 

 

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Ce mois-ci, la Méditation missionnaire du Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée est consacrée à la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique.

Le P. Wilhelm Steckling fait remarquer que la présence à ce synode de 240 évêques participants… dont huit Oblats…  un nombre presque égal d’auditeurs, d’experts, de délégués fraternels, d’aides, et pour la première fois, cinq de nos scolastiques, préposés aux divers services souligne l’importance de cette rencontre qui a mis l’accent sur L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.

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Parler de l’Afrique ne m’est pas facile. Le sujet me dépasse tellement ! La seule chose que je me sente habilitée à faire est de revivre comment, depuis de nombreuses années, ce continent s’est imposé à moi.

 

Un sentiment de malaise

 

Alors que j’étais encore une petite fille d’avant les années 60, j’entendais les propos de coloniaux, comme on les appelait chez nous, qui s’en allaient faire fortune dans ce lointain continent et dont certains revenaient au pays avec une arrogance et un manque de respect flagrant envers les Africains. J’en ressentais un obscur sentiment de malaise, de « pas juste ».  Hélas, ma sympathie devait se limiter à donner une part de mon argent de poche aux œuvres caritatives et à prier pour tous ces gens.

 

La photo de l’accueil.

 

Je conserve une petite photo noir et blanc sur laquelle les écolières de ma classe primaire et leur institutrice encadrent un Congolais tiré à quatre épingles qui se tient fièrement au milieu du groupe. Cela se passait juste après la guerre. Je ne me souviens pas qui était cet hôte. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir ressenti de la fierté à l’égard de mon vieux curé invitant à son école libre cette personne de couleur, à une époque où les préjugés étaient solidement enracinés. Grâce soit rendue à l’éducation reçue qui m’a permis de dépasser toute notion de racisme !

 

Une indépendance difficile

 

Je retiens ce passage lu sur le site oblat Ayaas.net. Il s’agit d’un ouvrage publié à l’Harmattan (2006) sous le titre Afrique, lève-toi… Et marche!  L’auteur, Philémon Nguele Amougou, se demande:

 

« Pourquoi, plus de quarante ans après les indépendances, l’Afrique continue à patauger dans les marécages du laxisme et de l’approximation ? Dépouillée de ses repères identitaires et culturels, sans doute; désarticulée par le double choc esclavagiste et colonial certes; ceci justifie-t-il qu'elle continue à offrir le lamentable spectacle d'une plantation où, cyniquement, se sert qui peut, sauf elle-même? »

        

Cette question me renvoie à une autre situation plus ancienne encore. Celle de la seconde guerre mondiale. J’y étais, mais trop jeune à ce moment-là pour en percevoir tout le tragique. Ce n’est que dans les années qui ont suivi que j’ai pu discerner des sentiments de rancune, de vengeance, de " sauve-qui-peut " et de " chacun-pour-soi ", reliquats douloureux de ce conflit qui ont survécu pendant de nombreuses années.

 

La " reconstruction " de l’Europe d’après-guerre représentait un défi immense. Je pense que les peuples d’Afrique si longtemps exploités ont aussi devant eux un travail énorme, un travail de longue haleine, un travail tant de masse que personnel pour en arriver à une véritable solution. Et qu’à cet effort de rétablissement équitable, les pays qu’on dit riches ont à devenir partie prenante.

 

Oui, cela peut être long avant que ceux qui possèdent la force de l’argent mis au service du pouvoir cessent d’être des loups pour l’homme et deviennent des humains solidaires d’une Afrique qui désire tellement que s’instaure un temps de justice et paix !

 

Un espoir à prier

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Le Synode se fait espoir : “ L’Afrique n’est pas sans moyens. Notre destinée est encore entre nos mains. Tout ce que l’Afrique demande c’est un espace pour respirer et prospérer. Elle est déjà en marche et l’Eglise marche avec elle en lui offrant la lumière de l’Evangile.

 

Un Évangile à vivre

 

L’Évangile s’ouvre toujours à nous et nous indique la piste sûre de la Parole. Ici, chez nous au Québec, pour les simples citoyens comme moi, je crois que le chemin passe par l’accueil, par l’ouverture, par un partage d’égal à égal avec toutes ces personnes venues d’ailleurs. Une heureuse surprise peut nous y attendre : celle de recevoir de ceux-là qu’on appelle des étrangers autant sinon plus que ce que nous pensons pouvoir leur offrir.

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  05-11-2009