Une humanité de surcroît.

 

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« La Parole de Dieu se trouve de nouveaux chemins » affirme le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée dans sa Méditation missionnaire de janvier 2010, au retour d’un séjour récent au Sri Lanka. 

Sri Lanka, terre d’épreuves…

Les souffrances de ce pays que, ni les forces déchaînées de la nature ni une guerre meurtrière n’ont épargné, avec pour conséquences « une grande multitude, environ 100.000 personnes, [qui] vivent encore en des camps et doivent être réinstallées », a parfois laissé le P. Steckling sans voix.  « Je dois dire qu’en visitant plusieurs lieux qui ont souffert, au Sri Lanka, dans chacune des deux Provinces, mais tout particulièrement au nord, et en écoutant les récits qui m’étaient faits, je me suis aussi trouvé incapable de dire quoi que ce soit. Je ne pouvais qu’offrir une oreille attentive. »

Les Oblats au Sri Lanka 

Par ailleurs, le P. Steckling a pu constater la vitalité des 260 membres qui composent les deux Provinces oblates.  « La plupart de nos confrères sont jeunes. L’énergie de la jeunesse ainsi que la sagesse des anciens sont très demandées dans la situation actuelle du pays, quelques mois à peine, après que les armes se soient tues. »

Au Sri Lanka, les Oblats ont à vivre l’article 8 des Constitutions qui est de rechercher « des voies nouvelles pour que le message du salut rejoigne tous les hommes» meutris par le souvenir d’un passé douloureux, une réalité encore difficile à vivre et une confiance à reconquérir. Et le P. Steckling conclut : « Pendant ma visite j’ai découvert à nouveau le secret de tout travail missionnaire: il réside à devenir des intermédiaires, de telle sorte que les gens entrent en contact par eux-mêmes avec les vraies sources de vie. »

« Splendeur et misère » des pays riches

Cette expression empruntée à Honoré de Balzac me paraît tristement applicable à ce qui se vit dans nos pays industrialisés.  Splendeur d’une vie où la technologie supplée de façon magistrale au ¨travail de nos mains¨, longévité accrue grâce à une recherche pharmaceutique de plus en plus efficace, études accessibles à  ceux qui désirent se forger un bel avenir, assurances-santé, assurances-auto, assurance-chômage, assurance-voyage qui semblent bien devoir pallier tout imprévu dans nos vies… et bien d’autres avantages encore dont nous profitons distraitement, presque sans les voir. 

Sous cet apparent  bonheur-pour-tous , on trouve malheureusement bien des « pauvres aux multiples visages ». Faut-il dresser l’inventaire des misères, des solitudes, des désespoirs vécus dans tous les groupes d’âge et de société des personnes de chez nous ? Foyers désunis, enfants bousculés, jeunes désabusés avec le triste cortège de conséquences que nul ne peut nier, personnes dont les fins de vie connaissent parfois un grand dénuement autant affectif que spirituel …

On peut se demander si toute cette misère  ne se trouve pas liée à la disparition du sens de Dieu, à  la désespérance de ceux pour qui tout semble se terminer avec la mort. La perte du sens de l’amitié, de la fidélité dans l’amour, de l’entraide, de la fierté du travail accompli, ne vient-elle pas miner les bases mêmes de notre société ?

Qu’avons-nous fait de notre Dieu ?

Pas question de faire le procès de qui que ce soit devant ce Dieu occulté par ses enfants entre les mains desquels il s’est pourtant remis. Simplement nous demander comment nous en sommes arrivés à laisser s’estomper son visage à l’image duquel nous sommes pourtant créés. 

Une humanité de surcroît

Comme le désirait si ardemment Élisabeth de la Trinité, ne devrions-nous pas donner à Dieu une humanité de surcroît ? Une humanité où on le reconnaîtrait vraiment comme un des nôtres… Une humanité à apporter avec amour, simplicité et authenticité,  partout où nous passons, au travail, à la maison, dans nos loisirs, dans nos rencontres. 

« Dieu est partout », lisait-on dans le petit Catéchisme. Pas seulement dans les églises, pas seulement dans nos belles célébrations. Oui, là il nous attend pour refaire nos forces dans  une foi partagée en Église, à l’écoute de sa Parole toujours offerte, une Parole actuelle, à porter à tous sans distinction de race, de croyance, de rang ou de langue… Avons-nous compris que chaque Eucharistie nous envoie vers une mission toujours à réinventer ? 

C’est là où les gens vivent que nous avons à présenter le visage tellement humain de notre Dieu. Tout simplement tels que nous sommes, par notre présence, notre écoute et une manière d’être qui signifie « je t’aime ». Et nous pourrions rester surpris de constater combien ces pauvres aux multiples visages peuvent aussi nous faire découvrir de nouveaux aspects d’un Dieu universel.

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  08-01-2010