Une parole accomplie

(Luc 4, 21-30)

 

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Pour nous situer dans le temps

 

D’abord, un petit retour sur les événements. Après le baptême où il reçoit confirmation de sa mission, après une longue retraite au désert, Jésus se consacre désormais à l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut.

 

Un langage nouveau

 

Son langage nouveau parle d’un Dieu Père, d’un Dieu Miséricorde, d’un Dieu Amour venu offrir le bonheur à tous les hommes sans exception aucune. C’est en Galilée que cet enseignement retentit en premier, avec un succès qui fait dire à l’évangéliste Luc que tous disaient sa gloire.

 

À l’époque de Jésus, Nazareth est un village relativement isolé.

 

Avec une population d’à peu près deux cents habitants, c’est un endroit où chacun se connaît, où les nouvelles circulent d’une maison à l’autre, où des événements susceptibles de rompre un peu la monotonie de la vie sont accueillis avec empressement. C’est là que Jésus a grandi. C’est là qu’il est connu comme étant le fils du charpentier Joseph et de Marie. De condition modeste sans être dans la misère, la petite famille coule probablement une vie tranquille… jusqu’au jour…

 

L’étonnant commentaire d’un des leurs

 

… Jusqu’au jour où, après une absence de plusieurs semaines, Jésus est de retour dans son village. De retour aussi à la synagogue de Nazareth où il lit un passage du prophète Isaïe. Puis il déclare : cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Les mots qu’il emploie pour interpréter l’Écriture vont droit au cœur puisque, raconte Luc, tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Au village, on semble donc prêt à accueillir ce langage nouveau, promesse de libération.

 

Une atmosphère qui change

 

Mais le cours des pensées de plusieurs prend une autre direction. Quand ils réalisent que cet homme qui sait si bien interpréter les Écritures n’est autre que le fils de Joseph le charpentier... Et que d’autres avant eux ont déjà bénéficié de son passage, que ressentent alors les Nazaréens ? Se pourrait-il qu’une fierté territoriale mal comprise engendre chez eux un sentiment de frustration, comme si Jésus devait réserver son enseignement au seul village de sa jeunesse ? Jésus ne va pas manquer de faire une bonne mise au point. On connaît la suite : colère des Nazaréens qui se traduit par une tentative de représailles contre Jésus.

 

Et si j’avais été là ?

 

De prime abord, l’envie me prendrait de blâmer la conduite belliqueuse des contemporains de Jésus. Mais en y réfléchissant à deux fois, je me demande si je ne me conduis pas quelquefois comme eux. Parce que, selon le terme consacré je fais une bonne vie, je ne vole pas, je ne tue pas, je remplis au mieux la plupart de mes devoirs, est-ce qu’il ne m’arrive pas quelquefois comme une petite idée que Dieu me doit quelque chose à moi, personnellement, plus qu’aux autres ? Est-ce que j’accepte totalement la réalité que le salut divin est pour tous, sans distinction de races ou de religions ? Que des étrangers choisissent de recommencer leur vie dans le beau pays qui est le mien ? Est-ce qu’il n’arrive pas que le succès mérité de certaines personnes me dérange assez pour que je le classe parfois comme réputation surfaite ? Tout compte fait, est-ce que je suis tellement différente des Nazaréens frustrés ?

 

Une Parole accomplie pour chacun de nous

 

Comme aux Nazaréens à la synagogue, Jésus continue à nous redire que la Parole est accomplie, qu’elle chemine à nos côtés, à chaque instant heureux ou triste de notre vie, qu’elle cherche à nous faire comprendre combien chacun de nous est singulièrement cher aux yeux de Dieu.

Le tout est d’écouter cette Bonne Nouvelle du Salut qui se trouve inscrite dans nos cœurs. Le tout est de la comprendre dans ce qu’elle a de contemporain, de la vivre dans les événements quotidiens. Le message de Jésus est de toujours à toujours. Il ne changera jamais. Nous aurons toujours besoin d’amour, nous aurons toujours besoin de pardon.

La solidarité, l’aide à l’échelle planétaire qu’on voit se lever après le terrible séisme qui vient de frapper Haïti ne sont-elles pas signes du Royaume ? Parce que, sans effacer les drames de ce terrible tremblement de terre, elles signifient aux Haïtiens qu’ils ne sont pas laissés seuls avec leur douleur; que leurs frères et sœurs en humanité mettent tout en leur pouvoir pour les aider à continuer à vivre.

 

Jésus passant au milieu d’eux, allait son chemin

 

Jésus, nous dit encore Luc, passant au milieu d’eux, allait son chemin. Le Christ ne s’est pas sauvé à la manière d’un malfaiteur. Il est simplement passé au milieu de ses concitoyens pour annoncer plus loin le Royaume. De la même façon qu’il continue à passer au milieu de nous et nous invite à le suivre.

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  27-01-2010