« Demandez et vous recevrez… »   
Mth 7, 7-12

 

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L’Évangile de ce jour me ramène au 5 novembre 1950. Mon arrière-grand-mère, celle avec qui j’ai connu l’exode de 1940, celle qui me racontait sa vie avec une ingénuité de femme simple, celle qui m’a appris à aimer nos grandes forêts ardennaises, celle que j’ai toujours appelée Mame, est mourante.

 

J’ai 14 ans, une jeunesse heureuse, entourée de Mame, de son fils Charles, de mes grands-parents.  Et puis il y a l’accroc : Mame est opérée d’une hernie, à domicile comme cela se passe encore en ce temps-là. Angoisse vite disparue car elle semble se remettre à merveille. Mais ce n’est qu’une illusion ; deux semaines plus tard, nous voici tous rassemblés autour du lit qu’on a monté pour elle dans la chambre en bas. Et nous prions.

 

En moi, ces mots de Mathieu l’évangéliste : « Demandez et vous recevrez ». J’y crois de tout mon caractère d’une seule pièce. La guérison de Mame demandée avec tant de confiance ne peut m’être refusée.

 

Mais Mame va mourir. À 82 ans, et riche d’une vie d’amour pour les siens qui tous l’entourent en ces derniers moments. Elle semble avoir perdu conscience. Puis elle ouvre subitement les yeux, me regarde et me fait une demande surprenante : « Quand je ne serai plus là, tu n’oublieras pas de t’occuper des chaussettes de Charles… » M’a-t-elle confondue avec ma grand-mère Maria ? Probablement, mais c’est à moi qu’elle a adressé cette demande remplie de sollicitude maternelle. Et j’ai répondu oui à travers mes larmes. Aujourd’hui encore, ses dernières paroles m’habitent parce qu’elles représentent une femme qui a consacré sa vie aux autres et dont la dernière pensée a été pour son fils Charles, resté célibataire par amour filial. Une chaîne d’amour sans grandes déclarations mais vécue en vérité…

 

Je reste quelque temps avec mes 14 ans outrés de n’avoir pas reçu la grâce de guérison que j’attendais avec tant de confiance. Puis le temps a fait son œuvre, j’ai commencé à comprendre. Chaque fois que reviennent ces paroles de Jésus je revis cet événement pour réaliser que, oui le Seigneur a exaucé ma demande… à sa façon à lui qui était de me faire découvrir en Mame la maman qui aime jusqu’au bout.

 

En 2008, Pierre, le compagnon de toute ma vie décédait des suites d’une très longue maladie dont nous savions qu’elle était irréversible. Là aussi nous avons demandé pour recevoir Et nous avons été exaucés. Parce que nous demandions simplement « le pain quotidien » tel qu’enseigné par Jésus lui-même. Et ce pain de chaque jour, nous l’avons reçu sous forme de lucidité, sous forme de courage, sous forme surtout de chemin parfois douloureux mais parcouru ensemble, main dans la main. Et lorsque Pierre s’est endormi un jour d’octobre, ce fut encore une grâce que ce sommeil paisible duquel il ne s’est pas réveillé en ce monde. J’ai eu mal au-delà de toute expression. Aujourd’hui encore ma peine reste présente… mais autrement.

 

 Le pain quotidien est devenu pour moi action de grâce pour mes 51 années de vie avec Pierre. J’ai reçu en héritage son désir d’être motivateur, comme il disait lorsqu’il parlait de son engagement de Laïc associé aux Oblats de Marie Immaculée. Cette motivation, il la vivait par une attitude d’écoute des autres et un grand désir de les encourager à aller de l’avant.

 

Oui, j’ai demandé et je continue à recevoir. Je continue à recevoir la force, la sérénité et la joie de continuer à partager avec d’autres la Bonne Nouvelle du Salut.

 

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  25-02-2010