Des portes qui s’ouvrent…

 

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Je viens de relire la Méditation missionnaire du P. Steckling, o.m.i. Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée. C’est là une réflexion toute de clarté, de simplicité, de vérité. Les faits y sont rapportés sans aucune indulgence, aucune parole lénifiante ne vient en tempérer la gravité. Tout abus sexuel y est reconnu comme un acte inacceptable. Lorsque des personnes consacrées en sont les auteurs, il s’y ajoute une incommensurable dimension de scandale, de tristesse et aussi de tentations, pour certains chrétiens désabusés, de tout laisser tomber des enseignements dispensés par une institution dont des membres ont agi en contradiction avec la parole qu’ils annonçaient. Dans cette Méditation missionnaire concernant la situation de notre Église en 2010, le P. Steckling commence par mettre trois points en relief.

 

« En ce qui suit, je parlerai en qualité de ce que je suis : prêtre et religieux missionnaire. Trois choses me viennent à l’esprit et me tiennent à cœur

 

 En premier lieu, je reconnais avec douleur que les abus sexuels et physiques, contre des personnes dépendantes, sont des actes criminels, d’autant plus graves qu’il s’agit de mineurs. De telles agressions peuvent perturber profondément une personne, toute une vie durant (…). 

 

Comme deuxième point, je dois observer qu’en beaucoup de ces accusations, il y a de la partialité… Nous constatons donc qu’en ces campagnes d’opinion publique, tout n’est pas juste et équilibré, et que restent des questions.(…)

 

Il reste encore un point, le troisième. Je dois admettre que, dans un certain sens, l’opinion publique a raison de fouiller avec plus d’attention dans les affaires du clergé et des religieux… Dans le cas des ministres de l’Eglise, c’est naturel qu’ils [que les médias] soient encore plus sévères, car l’Eglise se veut une instance publique, crédible et de vie intègre. »

 

Ce Vendredi-Saint 2010 que nous venons de vivre m’a vraiment dérangée. En même temps que vers la Passion du Christ, mes pensées se tournaient vers notre Église au banc des accusés. Je pensais à la souffrance de Benoît XVI, à celle de tous ces prêtres vivant depuis tant d’années avec un sentiment de culpabilité auquel se greffe maintenant la honte de voir leurs actes devenus chose publique. Et je pensais surtout à toutes ces jeunes victimes innocentes pour qui la luminosité de l’enfance a fait place à la peur, à l’insécurité, aux questionnements…

 

Je portais aussi devant le Christ souffrant tous ces hommes qui, demeurés fidèles à leur Sacerdoce, sont cependant devenus pour un grand nombre de personnes sujets à caution. J’ai pensé aux moqueries faciles, aux quolibets qu’on nous dispense au quotidien, à nous qui voulons demeurer disciples de Jésus. J’ai prié pour que " notre foi ne vacille ", pour que notre vie tout entière demeure simplement et lumineusement évangélique.

 

" Il ouvrit leur cœur à l’intelligence des Écritures. "

 

Le récit des disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35) s’impose à mon esprit. J’y découvre des similitudes avec notre situation actuelle, devant un avenir qui peut sembler bouché, mais aussi une invitation à l’Espérance qui nous appelle à continuer… ensemble pour la Mission.

 

Comme nous, les disciples d’Emmaüs sont en pleine tourmente, en plein désarroi, en pleine dépression dirait-on aujourd’hui. Les faits sont là dans toute leur réalité. Jésus, celui qui savait si bien leur parler du Royaume de son Père déjà parmi nous, celui qui " guérissait de toute maladie ", celui qui accueillait, pardonnait, partageait l’amitié, celui qu’ils appelaient leur Maître a été crucifié comme un simple malfaiteur. L’apparente défaite semble dévorer toutes les énergies de ces hommes qui avaient tout misé sur lui.

 

Il faudra alors l’intimité d’Emmaüs où Jésus lui-même se fait reconnaître et ouvre leur cœur à l’intelligence des Écritures.

 

Et si nous laissions les portes de notre cœur s’ouvrir à l’intelligence des événements ?

 

" Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? " Cette parole aux disciples n’est-elle pas aussi pour nous qui nous sentons solidaires des souffrances de notre monde ? 

 

Ne fallait-il pas cette purification douloureuse de notre Église pour que l’institution puissante et triomphaliste que nous avons connue laisse la place au vrai visage du Christ qu’elle proclame ?

Pour que s’ouvrent toutes grandes les portes à l’Esprit de vérité, à la simplicité évangélique, à un Dieu qui " a pris notre condition humaine " et sait si bien comprendre et relever les pécheurs que nous sommes tous ?

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  07-04-2010