Une clé pour notre foi

 

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ans sa Méditation missionnaire de mai 2010, le P. Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, nous parle d’une foi semblable à « un récit [qui] peut rester énigmatique, tant qu’on n’en a pas trouvé la clé d’interprétation ».

 

Voici une entrée en demeure qui m’invite à "réfléchir ma foi". En effet, à tous ceux de ma génération, il a été enseigné de cultiver ce qu’on appelait de façon un peu méprisante "la foi du charbonnier". Il nous fallait croire tout ce qui nous était proposé… À bien y penser, c’était très simple de suivre les directives ecclésiales sans avoir à nous poser de questions! C’était aussi tellement plus facile de faire face aux propos de ceux-là qui disaient ne pas croire, les réponses toutes faites constituant pour nous un excellent paravent.

 

Il faut pourtant reconnaître que la voix de notre conscience, considérée aujourd’hui comme importante sinon essentielle, et notre réflexion personnelle ne nous enlèvent pas complètement une certaine difficulté à cheminer dans le domaine de la foi. Car nous avons maintenant à chercher activement une « clé d’interprétation » qui ne se laisse pas saisir de façon évidente.

 

La clé de notre foi.

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Et voici que le P. Steckling nous présente Marie comme étant celle qui détient la clé de notre foi. Une clé à découvrir en contemplant la femme de Galilée que nous présentent les Évangiles.

 

Humaine, Marie l’a été. Elle ne comprend pas : " Comment cela se fera-t-il? " A-t-elle assimilé immédiatement la réponse du messager ? Quoi qu’il en soit, elle n’a eu qu’une réponse : " Je suis la servante du Seigneur ".

 

" Et l’ange la quitta " nous rapporte l’évangéliste Luc, (1,38). Marie va dès lors assumer au quotidien une foi qui la dépasse et l’émerveille en même temps. Une foi qui va mettre à l’épreuve tant la mère que la croyante.

 

Marie, femme d’épreuves.

 

Épreuves que l’annonce du vieux Syméon, la recherche inquiète de l’adolescent perdu, épreuve la réponse de ce fils à sa mère : " Pourquoi me cherchiez-vous ? "

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Plus tard à la noce à Cana, nous découvrons une femme attentive à ce qui ce passe autour d’elle, désireuse de pallier le manque de vin qui pourrait plonger les hôtes dans l’embarras. Épreuve aussi que la réponse ambiguë de Jésus. Pourtant Marie n’hésitera pas à recommander aux serviteurs : " Quoi qu’il vous dise, faites-le." (Jean 2.5) Épreuves encore que les critiques de sa famille face à la mission de Jésus et ces mots de son fils qu’elle tente d’approcher parmi la foule « Qui sont ma mère et mes frères ? » (Marc 3,33).

 

Épreuve suprême enfin au Calvaire, où nous la retrouvons avec Jean, le disciple que Jésus aimait. Elle se tient debout, immobile, souffrante, comme impuissante devant l’injustice sans nom qui condamne l’innocent.  Un passage presque insoutenable du film de Zefirelli " Jésus de Nazareth "  nous la montre hurlant sa peine aux pieds de son enfant agonisant. C’est pourtant cette femme qui va répondre sans hésiter au vœu de Jésus, et accueillir Jean pour fils devenant en même temps mère de l’Église, mère de l’humanité.

 

« Je dois dire que cette année particulièrement, en présidant la liturgie du Vendredi Saint, j’ai ressenti beaucoup l’opacité de la croix. » Ne peut-on penser que toutes ces épreuves ont parfois revêtu la foi de Marie de cette opacité dont parle le P. Steckling ?

 

Et après le Vendredi Saint ?

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Et après le Calvaire, « une fois passé le Vendredi Saint, Marie et Jean auront-ils une clé pour déchiffrer les faits, à notre intention ? »

 

« Mais Marie est différente des autres mères, répond le P. Stecling ; un ange ne lui a-t-il pas expliqué que son fils venait de l’Esprit Saint de Dieu ? Et comme Jean, elle a pu vérifier, dans la vie publique de Jésus, que Dieu était avec son fils ; que par lui, c’est le Dieu même des Pères qui parlait et agissait ; qu’il allait racheter Israël, et plutôt, qu’il était déjà en train de le faire… Quand, le dimanche de Pâques, Jean revient de sa course au tombeau vide, la foi de Marie s’ouvre à la lumière du jour. La foi de ces deux êtres, au Dieu et Père de Jésus, au Dieu qui tient ses promesses, devient la clé qui résout l’énigme de la croix. »

 

Il nous est bon de conclure avec lui qu’ « une bonne manière d’entretenir la foi, est de se mettre à la vivre avec Marie, comme l’a fait l’apôtre Jean lorsqu’il la " prit chez lui " », et d’écouter cette femme qui conservait toutes choses dans un cœur entièrement tourné vers son Seigneur.

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Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  07-05-2010