Carêmes de mon enfance... Je me souviens…

 

 

 

 

 

« Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » Mercredi des Cendres.  Rappel catégorique de notre sort d’hommes mortels, rendu plus impressionnant encore du fait que Monsieur le Curé nous le sert en latin. On le reçoit avec le plus grand sérieux, sachant qu’il est le  prélude de sacrifices indispensables à notre salut.  Tout au long de ce jour, nous gardons sur le front la symbolique et disgracieuse trace de cendre.

 

À l’école l’institutrice nous sensibilise au modus vivendi d’un Carême réussi. Temps de prière quotidienne plus longs que d’habitude et multiples recommandations à figure d’homélie prennent place à côté des matières académiques.  « Faire des sacrifices » devient monnaie courante.  Nous sommes tenus de noter  le moindre de nos manquements sur un petit tableau préparé à cet effet.  Tout un exercice de se les rappeler en détail une fois la journée finie !  Mais au fond, n’est-ce pas là un exercice utile pour les incontournables examens de conscience de toute une vie ?  Quoiqu’il en soit, c’est un secours immédiat pour les confessions hebdomadaires… Et qui va se révéler indispensable pour la « confession générale » à la fin du Carême.

 

À la maison jeûne et abstinence sont scrupuleusement respectés.  Enfants et personnes âgées en étant dispensés, ces temps de pénitence ne m’affecteraient nullement si ma grand-mère « n’oubliait » pendant six semaines de ramener de l’épicerie du village le bon chocolat belge et autres friandises. J’apprends ainsi à être sage gratuitement, sans attente de récompense autre que la paix de mon âme !   L’humeur ambiante ne s’en ressent pas. C’est une étape qui va de soi.  On l’accepte sans trop faire d’histoire… À bien y penser, ces journées de privation ne nous préparent-elles à tant d’autres sacrifices que la vie sait si bien réserver ? Et, sur fond d’une foi solidement ancrée,  nous vivons dans la tranquillité du devoir accompli, et dans le grand espoir d’arriver dignement à la grande fête de la Résurrection.

 

Aujourd’hui.

 

Ces souvenirs peuvent faire sourire.  On peut y voir l’expression d’une pratique religieuse tellement définie dans ses moindres détails qu’elle en perdait beaucoup de spontanéité, que la « lettre » omniprésente occupait une place parfois plus grande que « l’esprit » évangélique.

 

Il est cependant possible de se réjouir de l’expression actuelle de notre foi sans pour autant dénigrer les traditions de jadis.  Parce que ces dernières mettaient l’emphase sur la puissance de Dieu mais savaient dire aussi l’amour de Jésus Christ allant librement à la mort du Golgotha pour faire de nous des sauvés.

 

La religion a-t-elle changé tellement comme on l’entend souvent dire ? Je ne le crois pas.  À bien y penser, la « porte étroite » de l’Évangile  nous invite aujourd’hui encore à des renoncements de toutes sortes… Et il reste plus que jamais nécessaire de lutter contre le chacun-pour-soi  qui fait tant de ravages. 

 

Le Carême d’aujourd’hui est toujours appel pressant à la conversion. Et n’est-il pas bon de savoir que cette transformation intérieure se réalise à l’écoute heureuse de la Bonne Nouvelle du Salut ?

 

 

 

 

Denyse Mostert, Trois-Rivières  Partenaire Oblate en mission - Province Notre-Dame-du-Cap  25/03/2012