Enseignement du Père Serge HOUPERT

                                          

MARIE, Mère de l’Église et Mère des hommes

  

Jean 19, 27 : «Voici ta Mère»

Quelle place laissons-nous à Marie ?....Toute la question est là. Que nous le sachions ou non, que nous le voulions ou non, Marie a été appelée à exercer un rôle de premier plan dans la médiation de notre salut, le rôle d’une mère.

Cette maternité, Jésus l’a proclamée à un moment solennel de sa vie, à l’heure de sa mort ! Avant de dire : « Tout est accompli » il nous a donné comme mère sa propre mère : ( Jean 19, 27, 28  ). Quand un chrétien prend conscience de l’importance de ce cadeau du Christ il n’a plus envie de se passer de ses services.

Marie n’est pas seulement quelqu’un qui nous aime comme une mère. Elle nous enfante.

En collaboration avec l’Esprit-Saint, elle fait grandir en nous la vie divine, la vie de Jésus.

 

I – Une mère qui ne cesse de nous aimer

A)    Un sourire continuel

Lorsque Marie vivait sur terre, elle ne pouvait se trouver à la fois à Nazareth et à Cana. Maintenant qu’elle est entrée pour toujours, corps et âme, dans la gloire du ciel, elle est complètement libérée des limitations de l’espace et du temps : Elle est intimement présente à tous les membres du Corps mystique de Jésus. La vraie dévotion mariale ne consiste pas d’abord à multiplier des « Ave Maria », mais à prendre l’habitude de vivre sous le sourire de Marie.

Depuis son Assomption,  son visage est transformé « les yeux pleins de miséricorde » qu’elle ne cesse de poser sur nous comme nous le chantons dans le Salve Regina, sont des yeux qui rayonnent d’un merveilleux sourire.

C’est ce sourire qu’ont entrevu Bernadette Soubirous à Lourdes, en 1858, et Thérèse Martin à Lisieux, en 1883. Certes ni l’une ni l’autre n’ont contemplé toute la plénitude de la tendresse maternelle de Marie.  Si elles l’avaient vue, elles en seraient mortes de bonheur. Ce n’est qu’au ciel que nous verrons enfin totalement de quel amour infini nous sommes aimés par Dieu, par la Vierge Marie et par tous les Saints du Paradis.

Mais ces deux filles de France ont aperçu quelque chose du sourire de Marie et elles ont été bouleversées. « Elle est si belle , disait Bernadette, qu’après l’avoir vue on voudrait mourir tout de suite pour aller la revoir ! » Et le 16 juillet 1858, en la fête de N-D du Mont Carmel,

Marie a multiplié ses sourires pour dire adieu à sa petite confidente. En souvenir de ce fait, on pourrait appeler le Carmel de Lourdes « Le Carmel du sourire de Marie », car il est construit à l’endroit où se trouvait Bernadette lors de la dernière apparition.

A l’âge de 10 ans, Thérèse Martin a bénéficié de la même faveur. Le 13 mai 1883, en la fête de la Pentecôte, elle a vu, l’espace de quelques secondes, la Vierge Marie lui sourire.     « Tout à coup, écrira-t-elle plus tard, la Ste Vierge me parut belle, si belle que jamais je n’avais rien vu de si beau : son visage respirait une bonté et une tendresse ineffables, mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, ce fut le ravissant sourire de la Ste Vierge. » Aussitôt, elle fut guérie.

Il serait évidemment contraire à la pensée de Thérèse elle même de désirer pour soi ce genre de manifestations exceptionnelles. Il ne manque pas de grands Apôtres de Notre Dame qui vivent intensément en présence de Marie sans avoir jamais bénéficié d’Apparitions.

Ils se contentent de placer une image ou une icône devant leurs yeux pour se rappeler que, dans leur vie, comme à Cana, Marie est une mère attentive et souriante.

 

-         Avons-nous conscience de cette attitude de Marie à notre égard ?

-         Et nous,  savons-nous être attentif et souriant à l’égard de nos soeurs et frères ?

 

B)    Une Icône de la tendresse du Père

 

L’attention portée à Marie n’empêche nullement les chrétiens de penser à Dieu. Bien au contraire : Plus nous disons « Maman » à Marie, plus nous pouvons dire: « ABBA » à notre Père des cieux. Pour vivre comme des enfants auprès de Dieu, et Jésus nous y encourage vivement, (Matthieu 18,1), nous avons tout avantage à ne pas oublier celle qu’Il nous a donnée comme Mère

Par elle, Dieu veut nous faire comprendre ce qu’Il nous répète à longueur de Bible, à savoir qu’Il est «  un papa qui nous aime comme une maman ».

Chaque fois que Dieu veut en quelque sorte nous donner sa « carte de visite »

( Ex 34,6 ; Ps 86,15 ; Ps 103, 8) Il est , disent tous ces textes, un Dieu plein de tendresse et de grâce, plein d’amour et de fidélité.

Le Dieu de la Bible a des entrailles et des gestes de mère, et l’un des rôles de Marie, et non des moindres, est de nous révéler cet aspect maternel de Dieu. Elle est en toute vérité le sourire maternel de Dieu posé sur nous. Puisque Marie est toujours en train de nous sourire, la moindre des politesses est de lui répondre en lui faisant à notre tour notre plus beau sourire.

Nous sommes sûrs de réjouir ainsi son coeur de Mère. Le mot  « Rosaire » a d’abord désigné la couronne de roses que les chrétiens déposaient sur la tête d’une statue de la Vierge pour honorer la Reine du Ciel. Aujourd’hui, il désigne la couronne des grains de chapelet que nous faisons glisser entre les doigts pour la prier. Or certains chrétiens aiment penser que les « Ave Maria » sont autant de sourires qu’ils adressent à leur Mère du Ciel pour la saluer et lui demander son aide.

Quel est le regard que je porte sur Marie ?

 

II – Une Mère qui ne cesse de nous enfanter

Marie n’est pas seulement notre mère au sens affectif du mot, en nous aimant  comme une maman et en souriant continuellement à chacun de ses enfants. Elle l’est effectivement : en collaboration avec l’Esprit-Saint, elle nous enfante à la vie divine.

A) Le sein maternel de Marie

 

Reprenant et synthétisant la pensée des siècles antérieurs. Louis- Marie Grignon de Montfort, le grand apôtre marial du 16°siècle, ne cesse de répéter qui nous sommes « en Marie », que Marie est comme un « Moule vivant » dans lequel Dieu veut diviniser ses enfants : 

C’est en elle que le Fils de Dieu est devenu un homme ; c’est en elle que les hommes deviennent fils de Dieu.

Louis-Marie Grignon de Montfort n’oublie certes pas que baptisés dans le Christ, c’est par lui et en lui que nous devenons fils de Dieu.

L’Apôtre Paul nous redit sans cesse que nous sommes dans le Christ Jésus. Mais c’est précisément  du fait de notre incorporation dans le Christ que nous sommes également en Marie.

En effet, explique Grignon de Montfort, le Christ et les chrétiens ne forment qu’un seul corps. Il est la tête et nous sommes les membres ( 1 Co 12,27 ; Eph. 4,11 )

Si donc, conclut-il, Marie a mis au monde le Christ, elle continue mystérieusement à mettre au monde tous les membres de son corps ecclésial. Marie se réjouit de voir grandir le Christ en nous. Elle y travaille ! Comment ? En collaborant avec l’Esprit-Saint.

 

B)    La collaboratrice privilégiée du Saint Esprit

 

La naissance du Christ dans les âmes se fait par l’action de l’Esprit Saint. Mais de toute éternité Dieu  a décidé de cette naissance s’accomplissant avec la collaboration de Marie.

Le Père Maximilien Kolbe aimait contempler cette union  entre l’Esprit Saint et Marie dans l’oeuvre de notre salut : « L’Esprit Saint forme les âmes à la ressemblance du Christ, en l’Immaculée et par l’Immaculée. L’union entre l’Immaculée et l’Esprit-Saint est si inexprimable, mais si parfaite que le Saint-Esprit agit uniquement par l’Immaculée, son épouse. Elle est la médiatrice de toutes les grâces du Saint-Esprit »

Marie passe vraiment son ciel sur la terre. Mère de famille nombreuse, elle ne cesse de collaborer, avec le Saint-Esprit, à la naissance et à la croissance de la vie divine dans le coeur de ses enfants.

Comment vivre concrètement cette relation vitale à notre Mère du Ciel ? En nous livrant à elle avec confiance. En lui redisant, à la suite de Grignon de Montfort : «  Je suis tout entier à Toi, Vierge Marie, et tout ce que j’ai T’appartient. » C’est le vrai sens de la Consécration mariale.

Celui qui se consacre à Marie ne fait que ratifier, reconnaître avec joie sa situation «  en Marie ». Il reconnaît que Marie est chargée depuis toujours de veiller sur la croissance de Jésus en son coeur. C’est sous sa protection maternelle qu’il pourra  dire de plus en plus :

«C’est le Christ qui est  et règne en moi».

Le disciple que Jésus aimait, dit l’Evangile, prit chez lui la Mère que son Maître lui avait donnée au Calvaire.

Imitons Jean :

Prenons-nous vraiment Marie chez nous ?